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L'entretien du samedi
Martin MALVY : "Le foot pro doit être solidaire des amateurs !" (Conseil Régional, Midi-Pyrénées, football)Président de notre région depuis 1998, Martin Malvy (73 ans), ancien journaliste (Sud Ouest, La Nouvelle République du Centre, La Dépêche du Midi)... et ministre socialiste du budget (1992-93) revendique des racines lotoises qui le rendent peut-être plus sensible à la culture rugbystique qu'à celle des footeux. Il n'en demeure pas moins un vrai supporter du TFC et, à travers l'institution qu'il représente, un soutien important au football amateur. A moins de trois semaines des élections qui l'amèneront peut-être (sûrement) vers un troisième mandat, il parlait foot... au dernier Foot Toulouse. (par Frédéric Denat)
En juin dernier, le président du Conseil Régional donnait le coup d'envoi du match de gala organisé à Ernest Wallon au profit de l'association de Raï, Gol de Letra.
Président, quel rapport avez-vous au football dans une région où le rugby est omniprésent ?
Si je concède une légère préférence pour le rugby qui fait incontestablement partie de l’identité régionale de Midi-Pyrénées, je reste un amateur de football. Je ne l’ai jamais pratiqué mais j’apprécie toujours un match où l’on produit du beau jeu. Au-delà de votre fonction, êtes-vous plutôt TFC ou Stade Toulousain ? Il est difficile de faire un choix ! Le Stade Toulousain, c’est un véritable étendard pour Midi-Pyrénées. Un club qui a fêté son centenaire en 2007 avec un tel palmarès a forcément fait rêver plus d’un Midi-Pyrénéen, moi compris. Le TFC a eu un parcours un peu plus décousu mais depuis quelques années le club est reparti sur de très bonnes bases, notamment grâce à la gestion saine et intelligente d’Olivier Sadran. Le TFC dispose d’un excellent centre de formation qui commence à faire éclore de très bons internationaux. Je suis optimiste pour l’avenir du TFC. Toulouse a les moyens de s’installer durablement dans le haut de tableau de la Ligue 1. Quels sont vos meilleurs souvenirs de spectateur de football, au Stadium ou ailleurs ? Comment ne pas se souvenir de l’incroyable épopée du TFC en coupe de l’UEFA en 1986 ? La victoire du TFC sur le club de Naples de Diego Maradona est un moment inoubliable. Plus récemment, je me suis bien sûr régalé des nombreux buts d’André Pierre Gignac depuis qu’il est le titulaire en attaque du TFC. Il y a malheureusement aussi des souvenirs plus tragiques. J’ai été, comme tous les Midi-pyrénéens, profondément choqué par le décès de Brice Taton. Que le sport puisse conduire à de tels actes est inacceptable. Les clubs pros ne pouvant plus recevoir de subventions des collectivités territoriales, quelles relations doit entretenir le Conseil Régional avec les clubs professionnels ? Le législateur autorise une collectivité territoriale à subventionner un club professionnel lorsque ce dernier réalise des missions d’intérêt général. C’est ce que la Région fait lorsqu’elle apporte son soutien à ces clubs pour faire fonctionner leurs centres de formation et ainsi offrir aux jeunes sportifs toutes les chances de réussite tant sportive qu’éducative. Je trouve néanmoins sain que le soutien des collectivités aux clubs professionnels soit encadré et réglementé, notamment dans le football où les flux financiers sont considérables. Pensez-vous que les clubs professionnels dans leur ensemble ont un rôle à jouer auprès des clubs et pratiquants amateurs ? Incontestablement. La pratique sportive est un vecteur important de socialisation. Les clubs professionnels sont une vitrine pour les pratiquants amateurs. Ils doivent véhiculer un certain nombre de valeurs essentielles notamment auprès des jeunes. Par ailleurs, je suis très attaché à la nécessaire solidarité du secteur professionnel envers le monde amateur. Je trouve normal qu’une partie des ressources des droits de télévision du football professionnel contribue au financement des projets du football amateur. "Qui ne pense pas que les footballeurs gagnent trop d'argent... à part les footballeurs eux mêmes ?"
Après avoir été ministre, Martin Malvy se présente pour la troisième fois à la présidence de sa région. (Crédit photo : Olivier Schwartz)
Etes-vous satisfait de l’image que renvoie le TFC ?
Oui car le TFC est une équipe reconnue pour son fair-play. Une équipe jeune dont les meilleurs éléments sont issus du centre de formation. J’aurai personnellement toujours plus d’estime pour un club qui sait tirer le meilleur de ce dont il dispose sur place que pour un club qui jongle avec des millions d’euros et des transferts faramineux. Et puis comment ne pas se satisfaire des récentes convocations de Moussa Sissoko et André Pierre Gignac en équipe de France ? C’est une excellente image pour le TFC car les clubs de Ligue 1 qui envoient des joueurs en sélection nationale ne sont pas légion. Vous avez rencontré Gignac lors du trophée du sportif régional, quelle impression vous a-t-il fait ? Gignac, c’est un peu la force tranquille ! Sous son calme apparent, on sent que ça bouillonne et on le voit bien dès qu’il s’approche d’une surface de réparation. J’ai pu m’entretenir avec lui à diverses reprises et je crois qu’il a trouvé une certaine stabilité en Midi-Pyrénées. Il aime cette région qui le lui rend bien. J’espère qu’il sera toulousain encore pour quelques années. Je lui adresse tous mes encouragements pour qu’il fasse partie du voyage en Afrique du Sud et qu’il aille porter jusque là-bas les couleurs de notre Région. Que devrait faire le foot professionnel pour améliorer son image et véhiculer d’autres valeurs que celles de l’argent, des excès et parfois de la violence ? Je crois qu’on peut tirer beaucoup d’enseignements de la pratique du rugby en Midi-Pyrénées et plus largement dans le Sud-Ouest. C’est un sport qui a su garder son côté bon enfant. On va voir un match de rugby en famille et l’aspect festif prend très largement le pas sur l’affrontement. Le sport doit rester une fête populaire. Je suis personnellement inquiet des dérives auxquelles on assiste notamment en Grande-Bretagne où les citoyens modestes ne peuvent plus s’offrir une place dans des stades qui sont désormais presque exclusivement remplis par des abonnements de sociétés privées. Le système français nous préserve plutôt bien de cela. Sur le plan de la lutte contre la violence, le football français a encore de sérieux progrès à faire. Des dispositifs très contraignants ont été mis en place dans plusieurs Etats européens et obtiennent des résultats. La France doit suivre ce mouvement. On dit souvent que le Stade Toulousain a un ancrage plus local, le TFC plus régional, vous sentez-vous pour cela plus concerné par le club du président Sadran ? Cela tient peut-être au fait que le TFC est l’unique club de Midi-Pyrénées à être présent dans l’élite. Quatre clubs de Midi-Pyrénées participent au Top 14 et quatre sont en Pro D2. Le Stade Toulousain partage forcément plus la vedette ! Pensez-vous que les footballeurs gagnent trop d’argent ? Qui ne le pense pas hormis peut être les footballeurs eux mêmes ? Si vous étiez président de la LFP, à la place de Frédéric Thiriez, quelle mesure prioritaire prendriez-vous ? Je prendrai très rapidement des dispositions pour prévenir les débordements violents à l’intérieur et autour des stades. Si vous étiez président de la FFF, à la place de Jean-Pierre Escalettes, qu’auriez-vous fait, ou pas fait, après la fameuse main d’Henry face à l’Eire ? Si j’étais Président de la FFF, j’aurais bien une petite idée derrière la tête concernant le sélectionneur de l’équipe de France… Concernant la main de Thierry Henry, qu’y avait-il à faire de plus ? Un jour une décision arbitrale avantage la France, un autre elle avantagera une autre équipe. Cela restera ainsi tant que l’on n’aura pas recours à l’arbitrage vidéo. J’y suis personnellement très favorable. Un vœu pour 2010 ? Deux ! Que le TFC termine dans les cinq premiers du championnat. Et que la France nous offre un beau parcours en Afrique du Sud. propos recueillis par F. D.
Cet article est paru dans le dernier numéro du Foot Toulouse (n°60, page 16), actuellement dans tous les kiosques.
Samedi 20 Février 2010
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