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L'entretien du samedi
Philippe DUMAS : "Avec les clubs, nous avons une histoire à construire..." (Midi-Pyrénées, football, 2/2)Nous poursuivons notre entretien au long cours avec Philippe Dumas, CTR de la Ligue Midi-Pyrénées. Dans cette seconde partie, plusieurs thèmes ont été abordés, de la sélection senior au football féminin en passant par la formation des cadres. Où l'on y apprend notamment que cette dernière va être profondément remodelée dans le fond et dans la forme. Le discours du représentant de la DTN va aussi vers un rapprochement avec les clubs et les entraîneurs des meilleurs clubs régionaux avec lesquels il souhaite désormais collaborer plus étroitement. (par Johan Cruyff)De l'intérêt de la sélection senior Midi-Pyrénées... et du foot féminin !
Le football féminin (ici la D2 de Muret) aura peut-être son pole de préformation dans la région à la rentrée 2010 pour poursuivre son développement.
Votre champ d'intervention déborde le football des jeunes pour s'intéresser aux seniors, notamment à travers la sélection Midi-Pyrénées. Que faut-il attendre de cette sélection ?
C'est l'UEFA qui a souhaité créer une compétition pour les joueurs amateurs sur le principe des régions. Au niveau européen, la France est mal lotie car le règlement nous impose de ne sélectionner que des joueur évoluant en dessous du CFA2 quand l'Espagne peut retenir des joueurs évoluant dans l'équipe réserve du Barça par exemple avec la Castille. Quel est donc l'intérêt de cette sélection ? Elle nous permet de travailler avec les entraîneurs, de repérer de jeunes joueurs. Mais l'inconvénient de cette formule qui s'étale sur deux ans, c'est que vous n'avez pas le même groupe d'une saison sur l'autre si une équipe accède au CFA2. On a ainsi réalisé de bonnes qualifications avant de tomber sur le Pas de Calais avec un groupe où avaient disparu quelques uns de nos leaders de la saison d'avant. Traditionnellement, les attributions d'un CTR sont davantage tournées vers les jeunes que vers les seniors de sa Ligue, non ? C'est vous qui le dites, je ne suis pas d'accord. Comme on voyait rarement Erick Mombaerts au bord des terrains de DH ou PH, on vous voit davantage dans les compétitions de jeunes ! Je ne vais pas parler pour Erick. C'est un problème de temps. Quand je vais voir des matchs de DH, c'est parce que c'est un bon baromètre de ce qu'est la formation du joueur en Midi-Pyrénées et également de la réalité des tendances tactiques. Cela me donne des pistes pour savoir ce qu'il faut mettre en place pour améliorer le football dans la région. "Si on veut améliorer l'image du foot, il faut que des filles jouent et que des femmes encadrent notamment dans les équipes de jeunes." Quels sont les grands projets sur lesquels vous travaillez en ce moment ? Améliorer l'état d'esprit autour des terrains pour qu'il y ait un climat d'apprentissage plus sain. C'est essentiel et difficile à quantifier mais très important. Développer le football féminin pour augmenter le nombre de licenciés mais pas seulement. Si on veut améliorer l'image du foot, il faut que des filles jouent et que des femmes encadrent notamment dans les équipes de jeunes. On travaille également sur le projet des réformes de formation de cadres. Comme on veut revenir à un football plus offensif, on veut revenir sur un modèle pédagogique qui laisse un peu plus de part à l'autonomie des joueurs. On était trop directif dans l'entraînement. Il faut le rester dans le comportement et les valeurs mais pas dans l'expression balle aux pieds. Les jeunes doivent s'approprier le jeu, retrouver le goût du risque. Concrètement, qu'est-ce que ça signifie pour le jeu ? Il faut travailler très tôt l'occupation du terrain, jouer haut quand on attaque, avec le souci d'accompagner les attaquants, de proposer du mouvement même lorsqu'on se situe derrière le porteur du ballon. Cela veut dire de l'engagement, des courses, du replacement et une prise de risque pour déséquilibrer. Quand je vois des matchs de U15 où vous retrouvez deux lignes de quatre à trente mètres des buts et deux malheureux attaquants qui doivent se débrouiller, je me dis que les huit de derrière auront du mal à évoluer à un bon niveau un jour. On retrouve ensuite ces tendances de jeu dans les compétitions seniors régionales. Si dès leur plus jeune âge on habitue les jeunes à vivre le football de manière aussi restrictive, ils auront du mal à ensuite à passer à un football plus ambitieux et offensif. C'est aussi peut-être pour ça qu'on forme de moins en moins d'attaquants. Aujourd'hui, tous les coachs de DH vous disent qu'ils n'ont pas d'attaquants... Or, des attaquants chez les plus jeunes, il y en a mais on ne leur laisse pas la possibilité de s'exprimer soit parce qu'on les repositionne au milieu, soit parce que le schéma de jeu est trop restrictif et ne leur permet pas d'évoluer dans leur registre offensif. Là encore, que faire pour améliorer les choses ? Dans les clubs, je crois beaucoup à la notion de direction technique. L'entraîneur de l'équipe première qui possède souvent le BE1 ou DEF doit donner des options de jeu aux autres éducateurs. Je ne suis pas forcément partisan de calquer le jeu de l'équipe fanion sur tous les autres ou de faire les mêmes entraînements... Mais il faut qu'il y ait une philosophie commune pour mettre en avant quelques grands principes à la fois éducatifs et techniques. Les clubs pérennes sont souvent ceux qui parviennent à fonctionner dans cette logique. La rénovation de la formation des cadres. Une révolution ?
A travers une nouvelle approche de la formation des éducateurs, la DTN s'adapte au nouveau profil des éducateurs.
Ne serait-ce pas aussi votre rôle de susciter ce genre d'organisation dans les clubs ?
Cela peut l'être mais encore faudrait-il qu'on sente une réelle envie de la part des clubs. Disons qu'il y a une histoire à construire... Sur les recyclages des BE1 on va intervenir pour ça, en ciblant le profil des entraîneurs. "Je vais organiser une réunion avec les entraîneurs de DH, CFA2 et CFA" Quel rôle peut avoir la Ligue pour aider les clubs de la région à être plus compétitifs dans des championnats de CFA ou CFA2 où ils ont quand même du mal à exister ? Pour ce qui est de la Ligue, vous vous adresserez au président. A mon niveau, j'aimerais qu'on travaille ensemble avec tous les entraîneurs de DH, CFA2 et CFA. Dans cette optique, je vais organiser une réunion pour partager avec eux nos ressentis communs. Ce sera l'occasion de leur communiquer des informations générales sur le jeu et de réfléchir avec eux sur ce que l'on pourrait pour améliorer le football régional chez les seniors. Pour moi, les vecteurs essentiels sont la formation des éducateurs et l'entraînement. On a un peu trop tendance à oublier que pour évoluer et progresser, au delà des contextes économiques plus ou moins facilitants, c'est d'abord une affaire de technique et d'entraînement, de jeu. Des clubs avec des structures extraordinaires mais sans projet de jeu cohérent n'y arriveront pas. J'entends souvent des dirigeants se plaindre parce qu'ils n'ont pas de bonnes installations ou d'infrastructures adaptées... C'est vrai, c'est important, mais ce n'est pas l'essentiel. L'essentiel, c'est le terrain. Les meilleurs clubs de la région sont désormais entre les mains techniques d'une nouvelle génération d'entraîneurs, nouveaux pour la plupart, les Fauré, Pélissier, Larrieu, Ouvret, Carrière, Deneys, Taborda... De bons mecs qui me font excellente impression lorsque je discute avec eux... et qui ont presque tous été marqués par Gérard Rabier. On sent effectivement qu'ils ont envie d'avancer. J'aimerais travailler davantage avec eux, qu'ils encadrent peut-être des stages avec nous. Car le pire serait de se croire important, qu'on se pense important. Nous, CTR ou CTD, ne sommes là que pour transmettre les instructions de la DTN vers tous ces éducateurs qui ont les cartes en main pour faire évoluer les choses. La sélection Midi-Pyrénées permet d'avoir ce contact entre la Ligue et les clubs, ces échanges techniques directs qui n'existaient pas forcément avant, peut-être en raison de la personnalité des anciens CTR qui s'intéressaient peu au foot senior régional. Car le discours que vous tenez aux éducateurs lors des stages de formation n'est pas forcément reproduit de manière fidèle sur le terrain. Souvent, chez les jeunes surtout, la nature reprend vite le dessus ! Justement, j'ai la chance de participer au niveau de la FFF à un groupe d'une dizaine de personnes qui travaille sur la rénovation de la formation des cadres. On ne peut pas former des adultes comme des jeunes avec une pédagogie frontale. Replacer les gens, adultes, dans un cadre scolaire, ça ne fonctionne pas. Ils vont jouer le jeu mais on ne peut pas espérer beaucoup d'auto appropriation derrière. Or, il n'y a que ça qui pourrait modifier les comportements. Tous ceux qui viennent en stage ont tous une représentation de ce que sont l'entraînement et le coaching. Elle dépend de leur carrière antérieure, de leur expérience passée et de l'image qu'ils peuvent avoir du coach. Dans la région, a priori, la figure emblématique est Rabier. L'objectif est de faire évoluer ces représentations avec eux pour que derrière ils aient plus de recul pour aller dans une direction qui nous parait plus efficace dans le développement du jeu. Si on les met en frontal, ils vont faire semblant de vous écouter pour répondre aux exigences de l'examen et au bout du compte ça ne modifiera pas grand chose. Nous sommes sur des concepts différents. C'est un peu une révolution.
A travers ces deux heures d'entretien, Philippe Dumas aura fait le tour des grands dossiers sur lesquels il travaille avec tous les CTD de la région.
"On va bientôt pouvoir passer ses diplômes de manière plus rapide..."
Concrètement, ça va changer quoi ? On va bientôt pouvoir passer ses diplômes de manière plus rapide, avec des modules de 16 heures sur l'ensemble des formations fédérales. Ce sera également plus interactif. Au lieu de dire, l'entraînement des U17, c'est ça et pas autrement, on va demander aux stagiaires de nous montrer ce qu'ils font avec les U17 pour confronter derrière, faire la synthèse et essayer d'améliorer les choses. C'est aussi un problème de société où l'autorité n'est pas respectée au départ. Lorsque j'ai passé mes premiers diplômes, il y a vingt ans, tout le monde était au garde à vous. Aujourd'hui, les rapports de force ne sont plus les mêmes et les gens que nous avons en stage ont tous accès à des ouvrages de football, sur internet ou ailleurs, qui leur permettent de s'informer. Nous ne pouvons plus prétendre être le football. C'est aussi une manière de respecter le passé de chacun et de s'en servir pour continuer à avancer ensemble. Je suis aussi volontairement caricatural quand je dis ça car on a quand même plutôt bien formé beaucoup d'éducateurs depuis des années... Le profil des éducateurs a donc changé ? On est aussi confronté à la multiplication des équipes, et des entraînements dans les clubs donc à la nécessité de former de plus en plus d'éducateurs. C'est d'autant plus important que ces éducateurs n'ont pas tous, comme avant, la volonté de s'investir toute leur vie. Souvent, ils le font pour suivre leur enfant pendant trois ou quatre ans. Le turn over est beaucoup plus important et les candidats ont parfois peu de connaissances du foot. On doit donc s'adapter à ce profil différent. La démarche de revoir un peu le modèle de la formation à la française, initiée par Gérard Houllier et Erick Mombaerts s'imposait. Pour changer les habitudes, ça va être long mais on va y arriver. Dans le sport, qui n'avance pas recule ! "On se retrouve aujourd'hui avec des jeunes qui calculent leurs efforts. Et ça, c'est une catastrophe. Il faut revenir sur le goût de l'effort..." Pour conclure, sur quels thèmes particulier avez-vous envie d'insister, quel message souhaitez-vous envoyer en priorité aux éducateurs et aux clubs de la région ? Qu'ils insistent sur le climat d'apprentissage pour avoir un jeu plus offensif et participatif avec leurs jeunes joueurs. Ce changement de mentalité me paraît capital. Le jeu, c'est du mouvement, et lorsque vous avez des équipes qui ne se déplacent pas pour attaquer, ou il n'y a qu'un seul déplacement celui de l'attaquant, on est déjà dans la négation du jeu. De toute façon, dans les championnats de jeunes, que vous jouiez défensivement ou offensivement, pour le résultat final ça ne va pas changer grand chose. Le risque c'est qu'en limitant l'expression offensive, on limite aussi le niveau d'engagement des joueurs. Parce que s'il ne fait pas d'efforts pour attaquer, le jeune n'en fera pas beaucoup plus pour défendre. On se retrouve aujourd'hui avec des jeunes qui calculent leurs efforts. Et ça, c'est une catastrophe. Il faut revenir sur le goût de l'effort, leur redonner cette valeur là à travers le jeu, une valeur qu'on tue dans l'oeuf en voulant attendre, en défendant, en ayant une mentalité restrictive. Chez les jeunes, au contraire, tout le monde devrait attaquer et défendre en même temps, au risque de la désorganisation.
Pour redonner le goût de l'effort de vos enfants, permettez-leur de jouer sans entrave, sans pression...
C'est vrai qu'on manque cruellement de bons attaquants et de bons défenseurs en ce moment, alors que les milieux de terrain sont légion !
Voilà le second point important que je voudrais aborder, l'aspect défensif. On a dénaturé la défense de zone. On pense que défendre en zone se limite à reculer et à flotter. Chez les jeunes, ça marche parce qu'il n'est pas facile de changer le jeu, donc vous parvenez à récupérer les ballons de manière collective grâce à vos deux lignes de quatre. Et vous pensez que vos défenseurs sont bons. Mais lorsqu'ils passent dans les catégories supérieures, en 15 ans ou 17 ans, on s'aperçoit qu'ils ne savent pas défendre individuellement et qu'ils craignent de se retrouver en un contre un. On a de plus en plus de mal à trouver de bons défenseurs qui sont bons dans les duels et qui aiment ça. La zone, oui, mais lorsqu'on fait attention aussi à l'adversaire et pas seulement au ballon et au partenaire. Travaillons les duels ! Lorsque j'allais voir "Coco" Suaudeau à Nantes, qui jouait en zone, toutes les semaines, il faisait une séance de marquage individuel et de duels. Il faut avoir cette volonté de reprendre le ballon et pas seulement de le récupérer, la nuance est importante. Si vous regardez Barcelone, vous voyez que les défenseurs se retrouvent souvent en un contre un et ne le redoutent pas car ils sont très agressifs dans leur défense, jouent très hauts et s'appuient sur le travail défensif des attaquants. La zone est une très bonne organisation défensive mais si elle n'aboutit pas à une "déresponsabilisation" individuelle des joueurs. Aujourd'hui, en sélections de jeunes, on a effectivement beaucoup de milieux de terrain mais peu de bons défenseurs et de vrais attaquants, c'est à dire des joueurs qui se déplacent pour faire progresser le jeu. Propos recueillis par J.C. Pour consulter la première partie de cet entretien, cliquez ici Samedi 13 Février 2010
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