L'entretien Footengo

Philippe JARRIOT : "J'ai toujours un pincement au coeur..." (Muret-Lavaur, Midi-Pyrénées, football)

Philippe Jarriot est plusieurs fois revenu à Muret depuis qu'il n'en défend plus les couleurs balle aux pieds. Même si, avec le temps, l'émotion s'érode, l'ancien milieu défensif des années Rabier avoue tout de même toujours ressentir quelque chose à l'approche de Clément Ader. Il en sera ainsi ce soir pour la seconde journée de ce championnat de DH où son équipe, Lavaur, s'est réinstallée cette saison. Après une entame intéressante à Cazères (1-1), les Vauréens se déplacent chez l'un des favoris sans autre ambition que de se faire plaisir. Le meilleur moyen de faire un résultat ? (par Johan Cruyff)


Muret-Lavaur, le match des nostalgiques...

A 41 ans, Philippe Jarriot entame sa neuvième saison sur le banc de Lavaur.
A 41 ans, Philippe Jarriot entame sa neuvième saison sur le banc de Lavaur.
Philippe, ça vous fait quoi de revenir à Clément Ader ?
Je suis déjà revenu deux ou trois fois comme coach, avec Lavaur et ça reste toujours forcément particulier. J'ai tellement de bons souvenirs de footeux sur cette pelouse, parmi les meilleurs de ma carrière... En même temps, ça me fait de moins en moins de choses car le club a beaucoup évolué depuis vingt ans et je n'y connais plus grand monde. En plus, ils ont enlevé les portraits des joueurs qui trônaient sur les murs du club-house (rires). C'est plus pareil ! Ils ont aussi refait les vestiaires. Le pincement au coeur demeure quand même car venir à Clément Ader reste un événement important pour moi mais aussi pour mes joueurs.

Depuis votre départ de l'AS Muret, le club est redescendu en DH sans parvenir à se hisser au moins en CFA2. Selon vous, pourquoi ?
Parce qu'il ne parvient plus à attirer, comme à l'époque, autant de talents. Si Muret brillait dans les années 80-90, c'était parce que Rabier savait repérer et donner leur chance aux bons joueurs des niveaux inférieurs. Il puisait aussi dans le sport-études du Mirail avec un sacré flair. Aujourd'hui, il y a tellement de clubs, les joueurs reçoivent tellement de propositions, qu'il est devenu compliqué de prétendre concentrer au même endroit autant de bons joueurs qu'à l'époque. Et pourtant, je sais que les deux Marco, Sentein et Cafiéro, ainsi que Cyrille Carrière, font du bon travail. Mais c'est vraiment difficile... et vraiment dommage qu'un club comme l'ASM n'évolue pas plus haut.

"On a pris un bon point à Cazères pour débuter, dans notre tableau de marche, nous n'avons pas forcément prévu d'en prendre à Muret."

Entre affectif et sportif, comment appréhendez-vous, en promu, ce déplacement à Muret pour cette seconde journée de championnat ?
Le calendrier nous a imposé deux déplacements pour débuter. On a pris un bon point à Cazères pour débuter, dans notre tableau de marche, nous n'avons pas forcément prévu d'en prendre à Muret. On vient surtout pour se faire plaisir. Je vais demander à mes gars de prendre un pied monstre, de profiter du contexte et de la pelouse pour s'éclater avant tout.

Vous êtes à Lavaur depuis neuf ans, vous ne saturez pas un peu ?
J'ai eu un coup de mou il y a deux ans. J'ai refusé pourtant des propositions car les projets qui m'étaient proposés ne me correspondaient pas. Je suis heureux aujourd'hui de me retrouver à Lavaur au milieu d'un groupe de jeunes et moins jeunes qui a envie d'apprendre et de progresser. Avec eux, il y a vraiment des choses intéressantes à faire. Pour le reste, je n'ai pas de plan de carrière et je ne sais pas ce que je ferai la saison prochaine. Je fonctionne au projet sportif et humain, peu importe le niveau. Partir en CFA ou CFA2 sans avoir les coudées franches ne m'intéresse pas.

Lorsque vous avez pris Lavaur, le club était en DHR. Dix ans après, il est en DH. Comment faut-il interpréter cette évolution ?
La dernière décennie du club est à l'image du foot régional avec parfois des projets sur dimensionnés qui préparent des retours sur terre difficiles. Lavaur ne peut plus envisager de fonctionner autrement qu'en misant sur la formation. On travaille donc en amont pour tirer le meilleur des nos jeunes et parvenir à faire jouer les moins de 18 ou 19 ans en DH le plus vite possible. Et pour le moment, la DH, ce n'est pas déjà pas si mal.

Symbole d'une nouvelle génération d'entraîneurs...

Parce qu'ils n'auront rien à perdre à Muret, les promus seront particulièrement dangereux...
Parce qu'ils n'auront rien à perdre à Muret, les promus seront particulièrement dangereux...
Quid de Lavaur au niveau national comme vous l'avez connu en tant que joueur ?
Les perspectives du club dépendent de l'éclosion de jeunes joueurs du coin. On peut espérer un jour profiter d'une génération exceptionnelle pour monter en CFA2 mais on ne peut pas raisonnablement le prévoir ou le programmer. Le plus important doit rester le plaisir que nous avons tous de nous retrouver pour s'entraîner et jouer ensemble. Et parfois, ça peut suffire. Revel en fut un bon exemple la saison dernière.

Vous retrouvez la DH deux ans après l'avoir quittée. A-t-elle progressé, changé ?
La DH est de plus en plus influencée par les entraîneurs de ma génération, les Brun, Ouvret, Carrière etc. qui ont davantage d'exigences tactiques que leurs prédécesseurs. Il y a quelques années, l'aspect tactique n'était pas forcément ce qui primait à ce niveau. Aujourd'hui, les exigences tactiques sont supérieures et rendent les matchs plus fermés, plus compliqués à gagner... mais pas forcément plus intéressants.

Etes-vous, vous aussi, dans cette quête de rigueur tactique ?
Je le suis de plus en plus car je pense que c'est quand même le meilleur moyen de tirer le meilleur d'un groupe. Je constate ça avec mes joueurs qui, depuis qu'ils ont intégré certaines notions tactiques, depuis qu'ils ont compris certaines choses, parviennent à se libérer davantage à titre individuel. Et je ne parle pas là que du domaine défensif, ça vaut aussi quand on a récupéré le ballon en phase offensive. Avec la recherche du mouvement, le respect d'un certain positionnement, avec ou sans ballon, est indispensable si on veut avoir un peu d'ambition collective.

Joueur, vous avez eu des entraîneurs prestigieux, Poisson à Rodez, Rabier à Muret, Gougginsperb à Lavaur... Lequel vous a le plus influencé ? Le style de jeu de Lavaur ressemble à quelle équipe où vous avez jouée ?
Entre l'individuelle de Rodez et la zone de Muret, Gougginsperg alternait un peu les deux à Lavaur donc j'ai touché un peu à tout. Je m'inspire de tout ce vécu même si la zone a pris le pas sur le reste. Je m'attache surtout à ce que les joueurs comprennent bien ce qu'ils font, l'intérêt de tel ou tel déplacement, l'importance du replacement ou du bloc équipe à certains moments. Comme j'ai affaire à un groupe plutôt jeune qui a envie de progresser et d'apprendre, à des plus anciens qui ne veulent pas se laisser vivre et acceptent de se remettre en cause, je me régale. Mes trois grands principes se résument à ça : l'ambition dans le jeu, le respect de l'adversaire et de soi même et le bien vivre. Quand ces trois critères sont présents, l'entraîneur que je suis prend beaucoup de plaisir. Et généralement, les joueurs parviennent aussi à se libérer.

"Je sais que Muret est un bloc qui travaille énormément le placement, une équipe qui se projette très vite vers l'avant et qui marque presque tout le temps..."

Est-ce que depuis que vous avez le DEF, votre approche du football a changé ?
Non car mon métier me plaît vraiment (ndlr : Philippe est directeur associé d'une société de communication, Vendredi13 ) et je n'ai pas vraiment besoin du football pour me valoriser. J'ai juste besoin de transmettre, quel que soit le niveau, envie de vivre le football sans que ce soit une obligation, une contrainte, sans que j'y aille à reculons. C'est le cas à Lavaur depuis une décennie.

Philippe JARRIOT : "J'ai toujours un pincement au coeur..." (Muret-Lavaur, Midi-Pyrénées, football)
Vous êtes-vous renseigné sur le nouveau visage de l'AS Muret cette saison ?
Oui, sans plus. Je sais que c'est un bloc qui travaille énormément le placement, une équipe qui se projette très vite vers l'avant et qui marque presque tout le temps... Je constate aussi qu'une majorité de joueurs est issue du club ce qui confirme qu'ils font du bon travail et que leur philosophie reste proche de la mienne. Mais pour le match de ce soir, peu importe le niveau de l'adversaire, je préfère me concentrer sur mon équipe.

Lorsque vous revenez à Muret, quels souvenirs remontent à la surface ?
Il y en a tellement ! Je ne peux évidemment pas oublier ce match de coupe de France face à Monaco, la semaine qui a suivi et les heures après le match. Pour le reste, chaque déplacement en Espace, avec la pause saucisson, était un grand moment de convivialité qu'on appréciait tous. Chaque samedi, quand j'apercevais ce stade Clément Ader, ce lieu mythique, je prenais mon pied !

propos recueillis par J.C.

PHILIPPE JARRIOT
Né le 20 février 1969 à Rodez
Parcours
Joueur : Rodez (D2, D3, D4), Aurillac (D3), Muret (National), Lavaur (CFA2), Revel (DH).
Entraîneur : Lavaur (depuis 2001, DHR et DH)
Profession : dirigeant de société (Vendredi13).

Pour consulter le programme de la 2ème journée de DH

Samedi 4 Septembre 2010
Cruyff Johan

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